Réalisation collective à l’Usine des Films Amateurs

Posted on 1 mars 2011

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Vous avez aimé « Be kind Rewind » du réalisateur Michel Gondry, avec ses tournages bricolos mais déjantés, vous allez adoré réaliser votre propre film à l’Usine des Films Amateurs.

Depuis le 16 février, le Centre Pompidou accueille cette exposition / atelier participatif. Sur une idée et un protocole de Michel Gondry, le public s’initie, par petits groupes, à la conception, scénarisation, et réalisation d’un film, dans une usine éphémère, riche en méthodes, décors et accessoires.

20 personnes (qui se connaissent ou pas du tout), 3 heures chrono, 1 film. Un défi créatif et collectif.

1ère étape : le sésame, l’opportunité de participer

Si vous ne vous êtes pas inscrits au mois de janvier, vous avez peu de chance d’avoir une réservation pour un des créneaux proposés, puisqu’elles ne sont plus possibles depuis plusieurs semaines*. Seule possibilité : se pointer au Centre Pompidou quelques minutes avant le début de la séance et profiter des quelques places libérées par les désistements.

C’est sur cette hypothèse que je me suis rendue dès l’ouverture du Centre hier matin.

Bon, bien sûr, je n’étais pas seule à attendre l’ouverture des portes, mais je comptais bien sur Mondrian et la toute nouvelle expo François Morellet pour concentrer ce petit monde là. Mouais…raté ! Arrivée à la Galerie Sud, je dois bien constater que des dizaines de personnes m’ont précédé et qu’elles comptent bien profiter des places en extra. Bon, pour la séance de 11h, c’est sûr, c’est mort. Celle de midi alors ? L’incertitude sur les places restantes, ou présumées entraîne des conversations parmi la file d’attente.

L’occasion d’infirmer qu’on a possibilité de s’inscrire en ligne, l’opportunité de checker les véritables horaires des séances suivantes. A tour de rôle, on va demander tel ou tel renseignement aux médiatrices présentes. Désolées, mais aussi porteuses d’espoir. « Hier, tout un groupe a annulé, du coup 10 personnes ont pu rentrer d’un coup! ». Cette nouvelle se répand telle une légende urbaine. Peut-on réellement y croire ? En tout cas, on discute des multiples hypothèses avec mes voisins. Empêcher les gens qui ont réservé d’atteindre l’entrée ? Les stopper sur le parvis ? Tout est bon pour déconner et patienter. Des visiteurs perdant espoir s’en vont. Tant mieux, on gagne des places, on se rapproche du sésame. Quand la sentence pour la séance de midi tombe, les repêchés seront au nombre de 6. Zut j’étais la 7ème. Pas de bol. Surtout que la séance suivante est à 16h.

Avec les « tout juste recalés » comme moi, on partage nos points de vue sur la stratégie à adopter : attendre ? Revenir pour la prochaine séance à 16h ? Un autre jour ? On hésite, mais on tient, à 5. Devant notre ténacité, une des médiatrices nous confie qu’en fait, nous aurions peut-être la possibilité d’accéder à une séance de 14h. Un créneau normalement prévu pour un groupe scolaire, mais les fichiers laissent entrevoir un bug informatique. Ah, Hope is back ! On décide à 5 d’aller se prendre un café, juste à côté, avec vue sur le comptoir d’accès à l’Usine, histoire de ne pas se faire piquer notre pseudo-place de privilégiés. On en profite pour faire connaissance : Jenny une comédienne, François un animateur 3D, Christobal, un producteur d’animations, Anaïs, une consultante web, et moi-même. Une bonne team de film ! 13h10, on est de nouveau devant le comptoir d’entrée. Après quelques minutes, ça y est, on décroche notre pass. Alléluila !

2ème étape : la visite des studios, le choix des genre, titre et intrigue, en groupe de 20 personnes.

Mes 4 compagnons et moi rejoignons un groupe constitué d’adultes et d’enfants qui ne se connaissent pas tous non plus. Une médiatrice nous fait découvrir quelques décors, en nous expliquant comment en utiliser les mécanismes.

Notre terrain de jeu / tournage

Elle nous conduit alors en atelier 1, où nous sommes sensés identifier le genre du film que nous souhaitons réaliser. Le but est de laisser tout le monde proposer et ensuite de voter à main levée.  Des rôles sont déjà distribués : ceux qui lisent les consignent, celui qui cadre…et je me lance sur le rôle de scripte. Me voilà armée d’un feutre, notant tout azimut les propositions de mes camarades sur un tableau. On vote. Après plusieurs tours et discussions, ce sera une comédie policière ou un policier burlesque.

Next step, trouver un titre. Etrange de devoir trouver un titre avant même d’avoir jeté les bases de l’intrigue, mais bon, … Certains titres portent déjà en eux des scénarii. Finalement, en mixant 2 propositions principales, nous aboutissons à « Qui veut la peau de Michel Gondry ? ou le dernier jour du deuxième mois de la 10ème année du XXIème siècle ». Je vous rappelle que c’est toujours moi qui écrit les propositions : O, joie des propal’ à rallonge…

3ème étape de cet atelier, définir l’intrigue ou le pitch de notre film. Ce sera une mise en abyme de l’Usine des films amateurs : des visiteurs trop déçus de ne pouvoir y participer se mettent en quête de Michel Gondry. Pour se venger de ne pouvoir prendre partie à son expérience, ils décident de le traquer pour… le tuer. Oui,le tuer,  je vous rappelle qu’on a choisi le genre de la comédie policière…(à croire qu’il n’y a que les meurtres qui nécessitent des enquêtes). Notre conclusion devra tourner autour de « Mais tout le monde est Michel Gondry ». Reste encore à la déterminer… Hop, Time’s up, 45minutes ont passé. Il faut passer au 2ème atelier.

3ème étape : le scénario, le choix des décors, les actions, la distribution des rôles, les costumes

un bonheur de story-telling ou plutôt de story-building. 45 minutes de brainstorming à nouveau, mais cette fois-ci on doit trouver cohérence et de bons enchaînements entre les différentes scènes. Décrire l’action, sans complètement entrer dans les détails mais tout les définisssant assez pour préparer efficacement le tournage. Personnages, costume et accessoires, caméra ready, et c’est parti pour le tournage !

4ème étape : le tournage en 1h

Un tournage qui suit l’ordre de la narration, comme indiqué dans la méthode Gondry. Pour bien coller au fil de notre histoire qu’on vient à peine de constituer, pour l’avoir bien en tête, mais surtout pour faciliter le montage. Puisqu’en fait il n’y en aura pas! Nous procédons à la mise en boîte de chaque action, précédée d’un court récap, un rappel de ce se passe dans cette scène,  qui joue, quels sont les dialogues. Bon, c’est plutôt les grandes lignes du dialogue, car la préparation ne nous a pas laissé le temps d’écrire des lignes précises. De scène, en scène, on improvise. La créativité est encore là. Bonne scène finale, dans laquelle tout le monde apparaît dans la chambre à coucher.

Le décor de la chambre à coucher

Sensée être celle de Michel Gondry dans notre film. Caché dans le placard, sous le tapis, dans le lit, derrière les rideaux, chaque membre de l’équipe se découvre et se proclame être le vrai « Michel Gondry ». Plan final, tout le monde debout sur le lit, déclamant en choeur « On est tous Michel Gondry ! ».

5ème étape : la projection

7 minutes plutôt bien ! Des plans sont clairement à couper, parce que redondant (la 1ère prise n’était vraiment pas la bonne), mais ils sont peu nombreux, l’intrigue marche, le tout est rythmé. On nous remet un DVD. Oui, un seul pour tout le groupe. Au delà des considérations d’optimisation budgétaire, c’est davantage la volonté de cultiver le lien à présent créé entre ces participants que cette idée implique. C’est au dépositaire du DVD que revient la charge de diffuser le film auprès de ses camarades réalisateurs. L’occasion d’échanger nos coordonnées. Le cadreur a même l’idée de créer un Groupe Facebook au nom de notre film.

et 6ème étape ,la jaquette du DVD à partir de collages, dessins et autres associations de matières chères à Gondry, nous réalisons le visuel du DVD qui sera exposé avec les réalisations des autres groupes dans le décor Vidéo Club. Notre film pourra même y être diffusé. D’ailleurs ce sera bien le seul endroit, car notre film, on le garde pour nous. A moins que …

La jaquette de notre film "Qui veut la peau de Michel Gondry?"

Alors cette expérience, qu’en retient-on à peine 24 heures plus tard ? :

On y retrouve avec bonheur l’ambiance des cours de travaux manuels ou de création du spectacle de fin d’année, mais ce n’est pas le plus important. L’enjeu de réaliser en 3 heures un film avec des inconnus pose surtout les questions de la créativité, de la participation, de l’émulation, du projet collectif.

Toutes les idées sont bonnes à dire, il faut une certaine méthode pour trouver lesquelles adopter dans son projet créatif, en y associant tout le monde, et ce à chaque étape. Ecouter les autres, oui, les sonder, les conseiller, encore mieux, mais un projet doit avancer aussi. Suivre un protocole et savoir prendre les décisions qui aboutiront à un beau résultat final, c’est nécessaire.

Cette expérience est vécue dans un cadre non professionnel, avec des inconnus, cependant votre nature revient vite au galop. Peut-être même plus vite ? Pourquoi d’autre me serais-je proposée au poste de scripte ? Bon, mise à part que le poste de cadreur me semblait trop responsabilisant, j’avais surtout envie d’être une vraie partie prenante, envie d’y participer pleinement dès l’élaboration, surtout cette phase de conception participative, comment émettre une idée, tout en synthétisant celles des autres, rebondir, relancer, reformuler et motiver. Etre le garant pendant le tournage du bon suivi des actions, et de la cohérence globale du film.

Bref, de belles rencontres, une atmosphère rythmée mais pas tendue, du fun sans oublier d’être efficace, et quel bonheur de voir toute cette énergie se concrétiser dans 7 minutes !

A quand l’Usine des politiques publiques ?? Michel, tu veux pas nous aider ?


L’Usine des Films Amateurs, au Centre Pompidou, jusqu’au 28 mars.

* IMPORTANT :La prolongation du 7 au 28 mars date d’aujourd’hui, donc il reste encore quelques places à réserver sur internet. Vite, vite, inscrivez-vous !

http://eudowebv7.centrepompidou.fr/app/specif/eudo_event/inscription.asp

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