Le nom des gens

Posted on 13 décembre 2010

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Pourquoi « le nom des gens »? Parce que cette comédie sociale et citoyenne s’intéresse aux noms des gens (dingue!) et surtout à ce que ces noms véhiculent : nos origines

Quand on s’appelle Arthur Martin ou Baya Ben Markmouch, on n’est pas considéré pareil. Nos noms nous racontent avant même que nous ayons ouvert plus la bouche. Mais souvent il nous racontent mal.

Par exemple, mon nom de famille est breton mais se terminant par -EZ, je suis souvent prise pour une fille d’origine espagnole ou une portugaise. On imagine mon aieule traversant  clandestinement la frontière dans les années 30 tout juste munie d’une valise en carton, mon aieul plombier réparant les tuyaux de tout le quartier. Non en fait non, mes grands parents sont bretons et n’ont quasiment jamais quitté la Bretagne, à part un petit séjour dans le Limousin, suite à une mutation.

Mais revenons au film. Arthur Martin (Français de souche sûrement avec un nom pareil) rencontre Baya. L’un et l’autre sont plein de préjugés. Surtout elle en fait, et ce malgré tous ses atours de jeune gauchiste libre et révoltée. Elle voit des fachos partout. Elle les voit, et surtout elle les nique. Littéralement. Elle couche avec les mecs de droite et autres extrêmistes, pour leur sussurer sur l’oreiller des visions plus gauchistes de la société. Et apparemment ça marche. Faîtes l’amour pas la guerre.

Baya et son journal sexuel de mecs de droite

Le nom des gens pousse à penser au vivre-ensemble, encourage à aller au-delà du cliché que nous amène à croire le nom sur la boîte aux lettres, à côté de la nôtre. Baya a un nom arabe mais est franco-algérienne, a les yeux bleus, s’habille parfois avec plus qu’un simple pull, et démontre une profonde révolte contre la France raciste et intolérante.

Si « le nom des gens » renvoie aux autres, il nous amène aussi à un retour à soi. Comment vivre avec son passé, à gérer ces douleurs qu’on n’a pas vécues mais qui ont touché nos proches, qui ont donc une répercussion sur notre histoire familiale. Que faire? Ne pas se poser en victime, ne pas trop se lancer en révolté non plus, pour un sort qui n’est pas le nôtre mais celui de nos parents, nos grands-parents. Arthur n’a pas connu ses grands-parents, ils avaient le malheur d’être juif à Paris dans les années 40. Arthur ne connaît rien d’eux, c’est tabou à la maison. Oui, mais c’est là, et ça doit sortir.

Le nom des gens rappelle la vie politique réelle de notre pays, on y retrouve les échéances présidentielles des années 2000. Avec des souvenirs amers de mauvaises surprises.

Engagé, réaliste, « Le nom des gens » est aussi un film drôle. Par des rebondissements burlesques, oui. Par des petites sorties gentillement provoc’, oui (Rrroooh, mais y en a marre de votre discours victimaire !). Par une utilisation de clichés forts pour dénoncer justement le trop plein de clichés dans notre société, pour mieux les démonter, oui. La jeune femme libre sexuellement, le quadra coincé qui s’occupe des animaux morts, la vieille hippie issue d’une famille noble, …

C’est frais, c’est actuel, c’est engagé. et c’est bien joué. Quel bonheur de voir les yeux de Jacques Gamblin s’écarquiller devant le frasques de sa belle, de voir son sourire béat. Merci Jacques.

Juste un point peut déranger : quelle est la justification de la nudité quasi perpétuelle de Baya (Sara Forestier )? Oui, on a compris que c’était une femme « libre », avec un rapport au corps et au sexe bien particulier. Pas besoin de nous le rappeler toutes les 30 secondes. Vous me direz, voire l’actrice à poils, ça peut en motiver certains à pousser les portes du cinéma. Et là encore Baya aura réussi. Utiliser ses charmes pour convertir. Là, non pas à une cause politique, mais à un très bon film français.

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Posted in: Ciné