Peut-on encore être anti-mainstream ?

Posted on 5 juillet 2010

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Mainstream est un mot souvent associé à commercial, entertainment, homogénéisation; et donc opposé à la notion d’underground, d’élites, de niches, d’art… bref de qualité. C’est pourtant le titre d’un essai de grande qualité, écrit par Frédéric Martel et paru en avril. Plutôt qu’une invitation à suivre bêtement le courant, c’est un guide pour comprendre et se repérer dans ce que l’on qualifie de culture mainstream que nous propose Frédéric Martel. Une cartographie que l’auteur s’est lui-même construite à travers plus de 1200 entretiens avec des décisionnaires ou observateurs privilégiés des industries créatives contemporaines. Et dont il rend compte à travers cet essai, qui se lit d’ailleurs plus comme un papier gonzo (euh, … sans les drogues…quand même).

Mainstream, loin d’être une simple apologie de la culture homogénéisée et sans saveur, est davantage l’occasion de regarder les succès populaires comme révélateurs d’un repositionnement de la puissance. La puissance est militaire, économique, oui, mais le terrain des valeurs et des symboles fait déjà l’objet de nombreuses batailles en mode « soft power », aux enjeux civilisationnels cruciaux. « La guerre mondiale des contenus est déclarée. »

Concrètement, l’ouvrage permet, dans une première partie, de plonger dans les coulisses del’entertainment américain. Chiffrer le développement grandiose des multiplexes et leur impact sur l’urbanisation (ex-urb, vous connaissiez cette notion ?). Considérer les studios d’Hollywood comme de simples banques de financement (oui …mais non, pas seulement). Découvrir le rôle des agents d’artistes, revoir la notion d’artistes indépendants (n’est pas forcément indépendant celui qui s’en revendique le plus…). Remonter les racines de la popmusic, s’étonner de l’influence de la Motown, redécouvrir l’impact de MTV. Apprendre qui fut Pauline Kael (parce que je dois avouer que je ne la connaissais pas du tout, et vous ?), et en quoi ses critiques de films ont bouleversé les limites entre la high culture et la low culture (Culture vs. Entertainment).

Les US, encore les US, toujours les US. Le mainstream, ce serait simplement la culture américaine ? Justement non. Et parce que la réalité de la guerre des contenus est plus complexe qu’un simple impérialisme US unilatéral, l’auteur nous ouvre des perspectives mondiales, pour se défaire de ce préjugé anti-américain.

La deuxième partie intitulée « la guerre culturelle mondiale » nous emmène sur les échecs de l’entertainment US en Chine, sur les relations plus symbiotiques entre les US hollywoodiens et l’Inde bollywoodienne. Et parce que le cinéma n’est pas tout, l’auteur défriche pour nous les caractéristiques de tubes asiatiques :  J-pop (pour la pop du Japon), K-pop (pour la Corée)… et leurs multiples interactions. Les fans de séries TV ayant déjà fait le tour de ce que leur proposent US, UK et France pourront s’engouffrer dans les telenovelas sudaméricaines, les sagas du ramadan…

Et alors, avec ces influences nouvelles et qui se propagent à vitesse grand V, comment réagit notre Vieux Continent ? Les « défenseurs de l’exception culturelle », notamment par leur conception élitiste et anti-mainstream de la culture, perdent incontestablement du terrain.

Si vous aussi, vous vous sentez parfois perdu dans la définition de ce qui relève de la culture ou du divertissement, du populaire ou de l’élitisme, du bon ou du mauvais goût; si vous avez été bercé et influencé par le cinéma, les medias, la littérature ou la musique; et si la marche du monde vous intéresse, Mainstream est pour vous !

MAINSTREAM
Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde
Frédéric Martel
Flammarion, Avril 2010

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Posted in: Lecture