Dans 10 ans, le design entre désir et besoin.

Posted on 5 juillet 2010

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Conférence du 14 juin 2010 dans le cadre des Designers’Days

Designers’Days, c’est une manifestation annuelle qui depuis 10 ans consacre le savoir-faire des designers français ou internationaux, en terre parisienne.

L’occasion d’un parcours découverte au sein des boutiques design rive droite ou rive gauche. Une soirée à déambuler au sein de magasins spécialement aménagés pour l’occasion, autour d’une thématique commune, agrémentés de cocktail par ci, démonstration de design culinaire par là. Ce sont aussi des rencontres et des conférences.

Profitant du 10 anniversaire de la manifestation, les organisateurs ont voulu se projeter dans 10 ans et ont offert une table-ronde prospective sur le design dans 10 ans. Avec les interventions d’un designer Ingo Maurer, d’un sociologue Michel Ladet, d’une directrice de vente de produits design en ligne, Catherine Collin, et des étudiants de l’ENSAD (les Arts Déco). Bref des acteurs ou observateurs d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

En guise d’introduction, une vidéo au cours de laquelle des étudiants de l’ENSAD partagent leurs réflexions sur leur définition du design, du rôle du designer dans la société, des évolutions possibles et souhaitables.

Ouf, on est loin des clichés «artistes», «hyperconceptualisant» souvent décriés. Qu’en dira notre designer star ?

Ingo Maurer, designer et éclairagiste reconnu internationalement, revendique sa dimension de «producer», comme quelqu’un qui n’est pas seulement dans la pure réflexion mais qui en travaillant en lien avec des métiers différents va pouvoir concrétiser une réponse à un besoin. Il appelle les designers à être «more normal», et encourage le «less vanity». Merci Ingo!

Bon et parce que le design, cela peut être aussi un business, Catherine Colin est une pionnière de l’e-commerce de design, puisqu’elle a créé Madeindesign.com en 1998. Au delà d’être une galerie marchande, le site se veut aussi pourvoyeur d’information, de clés de compréhension de la démarche design. Le site a évolué et met déjà en place des modules de simulation en réalité augmentée, pour insérer  visuellement un objet design dans son intérieur. Elle projette aussi d’en appeler aux internautes pour se lancer dans une logique de co-création avec les designers.

Cette démarche s’inscrit en réponse à une attente forte des utilisateurs. Une des tendances observés par Michel Ladet, de Sociovision. On vous en livre les détails car elles sont riches d’enseignements, au delà du futur du design. Franchement, en rappel contextuel dans n’importe quelle présentation, ça peut élever le débat !

Selon ce prospectiviste, nos sociétés contemporaines se caractérisent par :

3 Désirs :

1- un désir de vie au quotidien : «J’aimerais vivre de nouvelles émotions tous les jours».

2- un désir de singularité…pour tous : « Je préfère les gens qui ne se sentent pas obligés d’être toujours comme les autres»

3- un désir de connexion à l’autre : «Rien ne compte plus pour moi que de partager des moments forts avec mes amis»

2 Besoins :

1- un besoin de rationalité : «Je devrai à l’avenir modifier certains de mes choix en raison du changement climatique.»

2- un besoin de services rapides, lisibles, proches : «Quand un produit ou un service me semble trop compliqué à utiliser, je l’abandonne rapidement»

Tenant compte, notamment, de ces désirs et ces besoins, Michel Ladet dégage 5 pistes pour le design d’aujourd’hui et de main :

I- Comprendre les cultures esthétiques :

D’un pays à l’autre, le facteur esthétique est plus ou moins déterminant. Ainsi, en Inde, il va justifier un achat à 68%, vs. 40% en Europe.

II- Anticiper la culture post-numérique

On parle de dématérialisation….mais quand on en aura bien souper, on se lancera dans une ode à l’artisanat (cf. Richard Sennet dans son ouvrage The Craftsman ; où il évoque aussi bien le docteur que le menuisier )

III- Partager la culture créative

c’est là où il rejoint la démarche de madeindesign.com

Faire participer pour faire mieux comprendre, faire participer pour rendre le design plus pertinent.

Si l’Iphone avec le développement de ses applications est un modèle de cocréation, il n’est pas un exemple isolé de relation participative CtoC. Customer to Customer.

IV- Faire du corps un allié

par le tactile, réconcilier sensualité et développement durable

V- Rendre à la ville sa magie

Une ville au sein de laquelle des objets suscitent la poésie, l’inattendu. Michel Ladet cite l’utilisation des leds, ou encore l’ exemple le pavillon UK de l’expo universelle de Shangaï.

Bref, on aura ou avons déjà une impression de trop plein, de choses qui se font sans nous, un monde saturé, mais avec de moins en moins de sens. Alors nous sommes à la recherche de ce qui n’est pas, de ce reste jardin secret. Une future éloge de l’ombre ?

je vous épargne la séance de questions-réponses. Entre les tribunitiens qui livre un poème ou leur CV, à la place d’une question…

Pour autant, des questions ont ramené sur la table la question des compétences et de la formation des designers pour accomplir au mieux leur rôle social, lien entre des besoins et une utilité, lien une réflexion et concrétisation, entre conception et production. ET là les avis divergent, il y a les parties prenantes d’une éducation du designer au marketing, science du management et ceux qui refusent toute «compromission» avec ces disciplines.

Pour finir, 2 citations à méditer :

«Une chaise sur laquelle on ne peut pas s’asseoir, c’est … une vanité»

«Le design, c’est plus le projet que le produit»

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